Pourquoi j’en ai ma claque des remakes de slashers

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Eh, ça fait un moment que j’ai pas râlé, nan ? Je me trouve un peu trop enthousiaste et optimiste concernant le genre ces dernières semaines, c’est pas normal. Je suis retombée sur mes premiers articles qui se terminaient quasiment toujours par un commentaire de pestouille et je sais pas, ça m’a rendue nostalgique.

Fort heureusement, il m’a suffit de jeter un oeil à l’actu des remakes, reboots et autres adaptations pour trouver une bonne raison de m’indigner : l’obsession qu’ont les scénaristes pour le passé des vilains tueurs mythiques et leur envie constante de répondre à la question « mais pourquoi sont-ils si méchants ?! ».

J’aimerais qu’on arrête de nous montrer le passé trouble de notre boogeyman préféré en nous expliquant bien qu’il a beaucoup souffert dans son enfance et qu’il a été battu et mal-aimé et qu’on se moquait de lui à l’école. Ce qui les rend flippants, c’est justement de ne pas trop savoir pourquoi ils sont mauvais. C’est de penser qu’il y a des gens qui naissent comme ça, qui sont malveillants, cruels et violents sans aucune raison.

C’est ce qui m’avait traumatisée dans Halloween, l’idée qu’un gamin puisse trucider sa soeur sans raison apparente, juste comme ça, parce que c’est dans sa nature profonde de tuer et de détruire des vies. Quand Rob Zombie a repris l’histoire de Michael Myers, je me suis sentie désolée pour lui, j’avais de la peine pour le pauvre petit Mikey traumatisé, je me suis dit qu’il avait bien raison de se venger – et ce n’est pas du tout ce que je recherche dans les slashers. Je recherche le mal incarné.

Alors oui, quand on se penche sur le passé des tueurs en série à travers l’histoire, on se rend bien compte qu’il y a généralement une histoire d’enfance perturbée derrière, et que leur comportement a probablement été influencé par des sévices subits lorsqu’ils étaient petits. Mais je me tourne vers les films d’horreur pour voir de la fiction, du fantasme, de l’irréel, et c’est ce qui fait la force des boogeymen pourris jusqu’à la moelle. L’idée de pouvoir être confrontée à un ennemi avec lequel on ne peut pas rationaliser, qui n’a pas de corde sensible, pas d’humanité palpable, qui est au-delà de tout raisonnement logique, qui n’est pas régi par des émotions mais par des pulsions primaires.

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Et j’ai appris récemment que pour le (deuxième) remake de Vendredi 13, ils comptent nous faire rencontrer la famille de Jason Voorhees et nous parler de son enfance et de l’environnement dans lequel il a grandi. On avait déjà les éléments dont on avait besoin dans l’original, avec la mère qui venge la mort de son gosse handicapé mental causée par la méchanceté de ses camarades et l’inattention des moniteurs, pourquoi aller plus loin ?

Pareil avec Massacre à la Tronçonneuse, plusieurs réalisateurs ont essayé d’expliquer en long en large et en travers pourquoi Leatherface est devenu Leatherface et pourquoi sa famille est celle qu’on connait aujourd’hui – mais le constat qu’on pouvait en faire dans l’original était bien suffisant. Pas besoin d’expliquer, le résultat était là, on était mal à l’aise et terrorisés par ce clan de cannibales déglingos, inutile d’essayer de nous pondre une critique sociale de 90 minutes pour justifier des meurtres à la tronçonneuse.

Et le mois dernier, j’ai fini de regarder la série adaptée des films Wolf Creek de Greg McLean et devinez quoi ? Ben ouais, on apprend que le petit Mick Taylor était un gosse perturbé, élevé par un père violent, dans la misère la plus totale – et du coup, bon, ça lui a mis un coup au cervelet, forcément. C’est un peu plus subtil que les grosses ficelles tirées par Rob Zombie dans Halloween, et Greg McLean était impliqué dans le processus, mais ça reste quand même une explication de plus à ajouter à la longue liste des vilains torturés.

Qu’on choisisse ce parti pris pour créer d’autres tueurs dont on explique l’origine dès le premier opus, ça me va très bien, c’est le postulat de base et ça ne me pose aucun souci. Mais qu’on aille repêcher des personnages devenus cultes pour leur donner une backstory pleurnicharde, là, ça me gonfle. Je me sens trahie quand on essaye de me faire ressentir de l’empathie pour un personnage qu’on m’a présenté comme étant intrinsèquement malfaisant, parce que c’est pour ça que j’ai payé. J’ai adhéré à une vision cauchemardesque immuable, et je déteste qu’on humanise ces créations censées incarner tout ce qu’il y a de plus terrifiant. J’ai pas signé pour ça, merde.

Je ne suis pas fondamentalement opposée au concept des remakes, parce que j’en ai aimé plus d’un, mais si on pouvait arrêter de tout transformer bêtement en effaçant la substance même de l’oeuvre d’origine, j’avoue que ça m’arrangerait pas mal. Parce qu’en réalité, j’ai bien aimé les deux Halloween de Rob Zombie – c’est juste que j’essaye très fort de les extraire de la mythologie de base en imaginant qu’il s’agit d’un nouveau personnage et pas de Michael Myers, parce que je trouve que ça ne colle pas du tout avec son ADN d’origine. En tant qu’oeuvres isolées, je les trouve chouettes, mais j’aurais préféré qu’il crée un nouveau boogeyman au lieu de chiffonner les plans d’un monstre qui fonctionnait si bien dans sa formule de base.

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Avec tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, on est sans cesse en quête d’explications, on veut tout rationaliser, tout expliquer, tout ancrer dans une réalité palpable et compréhensible pour mettre des mots et des termes clairs sur ce à quoi on a assisté, ce qu’on a vécu – et c’est normal.

Mais le monde est moche, compliqué, l’humain aussi, et encore une fois, je considère les films d’horreur comme un exutoire, un moyen de m’échapper de cette réalité. Un moyen d’aller si loin dans l’horreur qu’elle en devient absurde et drôle, parce qu’elle dépasse tout réalisme, toute tangibilité. C’est ma façon de combattre la réalité, et je comprends qu’elle mette ceux qui n’y adhèrent pas un peu mal à l’aise, mais c’est mon échappatoire. Et quand je m’échappe, je ne veux pas me retrouver face aux mêmes explications que dans la vraie vie – pour ça il y a d’autres genres, il y a les polars et les thrillers et les drames psychologiques qui le font très bien.

Mais quand je regarde un slasher, je veux une entité tellement grandiloquente, tellement grotesque et fantasmagorique qu’elle me replonge dans des peurs enfantines, faites de croquemitaines, d’ogres et de grands méchants loups. Et plus on les inclut dans ma réalité, plus j’ai du mal à m’échapper, plus tout me semble réel et palpable, plus je peux m’identifier, y trouver le reflet du monde dans lequel je vis – et c’est vraiment la dernière chose dont j’ai besoin quand je me cale devant un slasher.

Je préférais quand les vilains des slashers n’étaient que des métaphores, des images, des golems, des créatures sur lesquelles on pouvait projeter nos peurs sans mettre trop de mots dessus, sans aller trop loin dans l’analyse. Quand tout semblait sortir d’un conte de fées un peu tordu et que chacun-e pouvait y trouver sa morale, ses réponses, ses frissons. Quand c’était un peu moins adulte, peut-être.

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6 réflexions sur “Pourquoi j’en ai ma claque des remakes de slashers

  1. J’aurais bien envie de rester sobre aussi, tout simplement parce qu’une part de moi n’a rien à redire et adhère mais… (on sent le long commentaire arriver ou pas là ? ^^ »)

    Déjà, quand bien même je peux apprécier un remake et qu’il peut y avoir des choses très bien gérées voire transcendées par rapport aux originaux… j’en peux plus. Que ce soit préquel, séquel, remake, reboot, le genre « fantastique » dans son ensemble s’en prend plein la tronche. Et quand bien même il peut donc y avoir du bon, le problème reste que, pendant ce temps là, on ne fait pas autre chose ni n’investissons l’argent ailleurs. Nouvelles franchises, créativité, nouveaux monstres, nouvelles histoires… je préfèrerais cent fois une histoire originale un peu bancale à un énième remake, même réussi. Alors oui, c’est cool d’avoir des « univers étendus » et de creuser les backstories et tout ça. Mais une fois rendu au quatrième reboot et quinzième remake, on peut ptêtre aussi partir sur une autre famille de tarés qui découperont les gens au couteau à pain cette fois, nan ? Autrement on reste bloqué à ressasser indéfiniment et les nouveaux projets sont éparses ou manquent de moyens. Enfin bref, tout ça pour regueuler un peu sur le sujet, mais le commentaire n’était pas censé traiter de ça à la base ^^ ».

    Pour l’argumentaire dont il était question – et malgré l’overdose de remake et le fait qu’ils feraient bien de laisser ces franchises en paix maintenant – je trouve ça… positif. Soyons d’accord que, pour le coup, ça te déplait pour des raisons personnelles, un attachement à des classiques, à des figures construites d’une certaine manière, à certaines images et imaginaires, voire à une nostalgie enfantine ? Moi aussi, en un sens, j’aime et j’aimais ces monstres, ces altérités familières et étrangères à la fois, ces repoussoirs et exutoires combinés faisant trembler autant que fascinant par leur inhumanité même. Monstrueux jusqu’au bout d’ongles crasseux, ils étaient/sont des « pages blanches » manichéennes. Sans nuance, sans compassion, sans passé, mais supposément humain.e.s malgré tout, ils étaient une catégorie à part de celles des démons et autres fantômes purement acquis au « mal ». Ils représentent une sorte d’exception ou de chaînon manquant entre nous et des entités n’ayant que peu en commun avec nous. Mais pour tout uniques qu’ils soient, ils sont aussi simplistes.

    A l’image d’un premier monstre de Frankenstein parfois adapté comme bête inhumaine et violente, des versions plus tardives et nuancées sont revenues lui donner une complexité qui peut chagriner si l’on aimait le « classique », mais qui est une évolution salutaire. L’inclusion d’un contexte, d’un passé, d’une compassion, d’empathie et de relation à ce qui est devenu un personnage potentiellement abject, dénote pour moi d’une avancée positive s’illustrant ici, dans ces films, comme dans le reste des sociétés et des cultures. En ce sens, et quand bien même individuellement ça peut faire chier de ne plus avoir cette échappatoire, de ne plus pouvoir rester simple, de ne plus s’isoler dans une bulle ou autre, je vois ça comme préférable. Parce que l’on parle là de cas restreints (slashers), de personnes qui étaient humains, ont un passé et gardent des attributs de cette humanité et une histoire (souvent, même si on doute de leur mortalité ^^ »). Cela n’enlève rien à des esprits, boogeyman et autres entités n’ayant jamais été humain.e.s ou ne l’étant plus du tout et qui pourront continuer à offrir des pages blanches dans d’autres styles. Toujours est-il que cette case « histoire de monstres ayant une origine tragique » relève, je crois, d’une complexification renforçant de « bonnes » choses autour de nous, appuyant réflexion et empathie, même si ça peut-être chiant de se prendre en pleine figure cette réflexion qu’on n’avait pas vu venir. L’effort est contraignant, mais nécessaire. Mister Babadook était un bon exemple d’un mix boogeyman/humain d’ailleurs, mais il restera toujours des démons bien horribles pour remplir le rôle des « golems » « métaphores » et autres « échappatoires à la réalité », non ? Permettant dans le même temps à ces tueurs de gagner en complexité pour sortir l’humanité de certaines ornières, un slasher à la fois (oui les slashers vont sauver le monde, je parlerait de cette théorie dans une prochaine conférence =p).

    Après, comme je le disais, je partage aussi ces regrets, mais passer le message que le mal humain n’est pas inné et inéluctable, qu’il y a des raisons derrière et que l’on peut se « lier » même aux « monstres » sans plus en faire uniquement cette « autre » cathartique… c’est pas si mal aussi =).

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