It Follows (2015) : Le slasher lifté

Si It Follows, de David Robert Mitchell, a reçu le Grand Prix du Festival de Gérardmer cette année, ce n’est ni une erreur, ni un hasard. À voir absolument.

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Si vous faites partie de celles et ceux qui trouvent que le genre n’innove plus, qu’on se fait chier, et que tous les films se ressemblent vont enfin pouvoir mouler leur petite gaufre. Si le squelette même d’It Follows vous rappellera sans nulle doute des modèles bien huilés dont vous connaissez déjà tous les rouages, sa substance risque de vous surprendre à bien des niveaux.

Le réalisateur et scénariste David Robert Mitchell a bien compris qu’on pouvait faire du neuf avec du vieux et qu’un hommage à une ère disparue pouvait tout à fait se faire sans tomber dans la pâle copie insipide.

 Une histoire de vieux pots et de meilleures soupes

Jay a un nouvel amoureux. Il s’appelle Hugh, il est charmant, et il la traite avec respect. Enfin ça, c’était avant qu’ils couchent ensemble. Car Jay a à peine le temps de remettre sa culotte qu’elle se retrouve ligotée à un fauteuil roulant, à écouter un Hugh complètement désaxé lui expliquer qu’il vient de lui transmettre quelque chose. Une MST ? Presque. Une malédiction. À compter de ce jour, partout où elle ira, Jay sera suivie. Par quelqu’un, quelque chose, qui apparaîtra parfois sous les traits d’un-e inconnu-e, parfois sous ceux d’un-e proche, pour plus de confusion.

Le seul moyen de s’en débarrasser ? Coucher au plus vite avec quelqu’un d’autre, en espérant que la personne ne se fasse pas tuer juste après – sinon, la malédiction remontera la chaîne pour revenir à elle.

Le squelette est là : une héroïne, une bande de jeunes, une banlieue américaine lambda, une menace extérieure, des relations sexuelles aux conséquences dramatiques, et un combat continu contre la mort. Mais la substance est autre. Cette menace n’a pas qu’un visage. Elle ne peut pas être atteinte physiquement – ou pas pour longtemps. Elle ne peut être vue que par sa cible. Elle n’a pas de nom, pas d’origines, pas de légende, de genèse – du moins, pas à notre connaissance.

Et nous, public du genre, amateurs de slashers, nous avons nos codes. Notre petite guide de lecture, nos habitudes confortables, des réflexes rodés. Tout est toujours bien calibré, et s’il y a parfois quelques variations, l’issue reste la même, les règles restent inchangées, et nous savons toujours comment réagir et comment appréhender la suite des évènements. On connait tout par coeur, on a vu ça mille fois, peut-être plus. Et pourtant, là, on se retrouve bien cons. It Follows nous attire dans ses bras en nous agitant cette formule familière sous notre nez, en nous assurant qu’on s’y sentira à l’aise, sur notre terrain. Et une fois qu’on est posés et rassurés, il claque la porte, ferme à double tour, et nous envoie nous perdre dans son labyrinthe.

Il nous donne ce que nous attendions depuis toujours.

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Les héritiers de John Carpenter

It Follows, en plus d’être un film de qualité dans sa substance et son squelette, peut en plus se vanter d’être un film très beau. La photographie est impeccable, les plans sont lisses et parfaits, la lumière est toujours nickel, y a rien qui dépasse, tout est joli et minutieusement travaillé.

Et dès le premier plan, impossible de ne pas y voir la grosse patte de John Carpenter. Une rue, des maisons identiques alignées à l’infini, des feuilles mortes qui tapissent le sol… et cette bande-originale, composée par Disasterpeace, qui accompagne tout le film et qui rappelle les mélodies les plus entêtantes du réalisateur. David Robert Mitchell annonce clairement la couleur. Certain-e-s avouent avoir été gêné-e-s par l’omniprésence de l’hommage, un peu trop évident, mais l’unicité du scénario nous permet de pardonner assez rapidement cette déclaration d’amour tonitruante et d’apprécier le produit fini.

Et de toute façon, qui sommes-nous pour cracher au visage d’un hommage si bien choisi (et bien orchestré) ?

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Mais le niveau est-il maintenu du côté des frissons ? Pour ma part, c’est un grand oui. J’ai eu tout ce que je voulais – je me suis agrippée aux accoudoir de mon fauteuil, j’ai mis ma capuche pour simuler un environnement chaud et rassurant, j’ai grimacé et retenu mon souffle – le tout devant des scènes qui, sur le papier, ne me paraissaient pourtant pas si terribles. Mais la musique, le rythme, la réalisation, font que la pression monte en puissance en continu, et ne nous laisse souffler que dans une ambiance de malaise et d’appréhension, en attendant la prochaine vague.

Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, je vais le dire : j’ai ADORÉ It Follows. J’ai passé une bonne demi-heure à répéter « C’est bien c’est bien c’est bien c’est bien c’est trop bien » en sautillant sur place en sortant de la séance. Ma place dans le jury Syfy m’interdisait de communiquer publiquement sur le sujet, et j’ai rarement été aussi frustrée tant j’avais envie de hurler mon amour pour ce film sur tous les toits du monde. Je sais que je vais le revoir, encore et encore, parfois d’un oeil, parfois des deux, pour me remplir à nouveau de tous ces plans et de cette ambiance qui m’ont bouleversée.

Je sais que c’est risqué de le hyper avec autant de vigueur, parce que je vous vends une promesse que je n’ai aucune garantie de pouvoir tenir – rien ne dit que ça vous plaira autant qu’à moi. Mais le hasard a fait que ceci est mon blog et que j’y exprime mes opinions et que donc du coup ben ouais, je m’emballe un peu.

Mais putain, quelle claque. Quelle merveilleuse, glorieuse claque.

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13 réflexions sur “It Follows (2015) : Le slasher lifté

  1. J’en sors et pourtant je ne suis pas une grande fan de films d’horreur mais tu l’as si bien dis, celui ci est tellement beau que ce n’est qu’un + car en effet l’angoisse et le stresse ne cesse d’augmenter jusqu’au final….Un vrai bon film dans son genre à voir !

  2. Sainte Jack, merci pour cette bonne nouvelle !
    Enfin… ENFIN ! Quelque chose qui change de l’ordinaire !
    Et merci pour toutes tes chroniques 🙂

    • C’est deseperant de voir a quel point le terme  »slasher movie » est utilisé a outrance… Ces rendu que n’importe quel film d’horreur ou des gens sont poursuivis par quelque-chose qui veut les tuer est appelé  »slasher »! Je rappel que  »slasher » vient du verbe anglais  »to slash » qui veut dire  »taillader », ou  »entailler », pas  »être poursuivi par quelque-chose qui veut nous tuer »… Bref, ca prend plus que ca, meme si le film utilise quelques codes que l’on retrouve AUSSI dans les slasher movie… It Follows (et bien d’autres films) ces pas Halloween, Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit, Scream (tous des (vrais) slasher movie), meme si y peut yavoir des ressemblances!
      Dsl y fallait que jle dise!

  3. Je suis allée le voir hier soir après avoir lu ta critique, et bien j’ai beaucoup aimé. J’ai eu mon lot d’émotions (mais bon je suis une vrai flippette dès qu’il s’agit d’esprit frappeur), et suis restée agripper au bras de mon chéri à mainte reprises. De son coté, lui qui est hermétique à ce genre de film a beaucoup aimé, il l’a trouvé très beau, a adoré la musique et n’a pas vu le temps passé. voilà en somme un bon film d’horreur.

  4. Je voyais ça partout et je me posais la question à savoir si c’était bien, c’est quoi ce film que tout le monde parle ? Heureusement que tu es là pour nous le dire. Un peu de sang neuf pour avoir peur. Je VEUX vraiment le voir !

  5. Tu me donnes envie… En tous cas, visuellement, la B.A. est sublime, ce jeu de couleurs est presque Lynchien par moments… C’est très beau, et rien que ça, c’est assez rare dans le cinéma d’horreur pour être souligné ! J’ai bien envie de le voir celui-là.

  6. Je viens de lire ça : http://diglee.com/le-sexisme-et-le-cinema-leternel-combat/ et je me suis dit que finalement l’appréciation d’un film c’est toujours une question de contexte ^^

    Et puis ça fait un équilibre entre ta critique passionnée et cette critique assassine je vais pouvoir aller le voir l’esprit neutre 🙂 (puis si je ressens vraiment une surdose de nudité féminine gratuite je me regarderai jeepers creepers 2 en rentrant pour équilibrer)

  7. ENFIN un trailer qui me donne envie de me cacher sous ma couette pour ne jamais en ressortir 🙂 ! Ce truc qui se apparaît derrière un des personnages quand ils ouvrent la porte m’a traumatisé pour la soirée, je me sens pas bien là. Je vais essayer de motiver des amis pour aller le voir avec moi, histoire de me sentir rassurée sur le chemin du retour après le ciné. En espérant ne pas avoir droit au public insupportable des films d’horreur ><….

  8. Pingback: #Horror (2015) – | Le Blog Horreur

  9. Il y avait eu pas mal de buzz sur la Toile autour de ce film. Malgré cela, je ne l’ai jamais visionné. Néanmoins, ton article m’avait donné envie de regarder ce long-métrage et j’avoue que je n’ai pas été déçu.

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