I Saw The Devil (2010) – La Revue

I Saw The Devil (J’ai Rencontré le Diable en VF) est un film coréen de Kim Ji-woon qui nécessite d’avoir les nerfs bien accrochés. Pour sa première intervention sur le Blog Horreur, Nicolas Gauduin vous offre sa revue.

Honneur et famille : check. Vengeance : check. Fluides corporels en abondance : check. Sévices physiques et mentaux : check. Pas d’arnaque, I Saw the Devil est bien un thriller coréen.

La Corée dans ta gueule

Prenez l’humour dépressif de Memories of Murder, la vengeance glaciale de Sympathy for Mister Vengeance, la relation flic-tueur de The Chaser, la torture psychologique d’Old Boy, les dilemmes de Blood Island… tendez le fil narrateur comme un string, épurez-le de la moindre fioriture, ET BIM. Un direct au foie bien vicelard. Parce que dans le genre « je reprends un thème archi-éculé, le retourne complètement et le recrache à la gueule du spectateur incrédule », Kim Ji-woon (Tale of Two Sisters, A Bittersweet Life) se pose là.

Quelque part, le film de vengeance, on commence à connaître. Et la déferlante coréenne des années 2000, jouissive, désinhibée et complètement cramée de la tête, n’est après tout que le fruit d’une lente évolution débutée dans le cinéma occidental avec l’adaptation du Comte de Monte-Cristo en 1929 : flics incorruptibles dans les polars des 50’s, cow-boys rustauds et crasseux des 60’s, braves types poussé à bout (vigilantes) et femmes outragées (rape ‘n revenge) dans les 70’s…

Pendant que le genre s’essoufflait lentement en Europe et aux ztazunis, le cinéma asiatique reprenait le flambeau sur la lancée de Lady Snowblood, avec un fort penchant pour les personnages féminins armés d’un sabre et un enjeu dramatique enhousiasmant : faire sauter la tête du gars que c’est sa faute, le coup de pute du début.

Bref, tout ça pour dire « ça fait 83 ans qu’on en mange, voilà le cahier des charges ».

Ouais. Ben le cahier des charges, vous savez quoi ? Kim Ji-woon, il s’est levé un beau matin de 2010, il l’a pris, déchiré, il y a foutu le feu et il a ri en faisant « ho ho ho », comme ça.

La vengeance est une mandale qui se mange froide

Il venait de trouver une idée dégueulasse : confier une cause romantique (venger la mort de sa femme) à un symbole de droiture (un agent des services secrets)… et tout bousiller en transformant son héros, péniblement couvert par une hérarchie dépassée par les évènements, en machine de mort au sadisme méticuleux.

En fait, devant I Saw The Devil, on réalise que l’expression « jouer au chat et à la souris » est largement galvaudée, à force d’être accolée au moindre film de cache-cache plus ou moins foireux entre gendarmes et voleurs.

Je veux dire, sérieusement ? Vous avez déjà vu un chat « jouer » avec une souris ? L’étourdir d’un gros coup de papatte, la laisser repartir, puis lui arracher une patte et se marrer en la regardant ramper et se vider de son sang ? Eh bien voilà. Ce gros bâtard de tortionnaire moustachu, c’est un peu le héros qu’on se ramasse dans I Saw The Devil.

Je ne vais spoiler que les 15 premières minutes, le reste se savoure tout au long de ces deux heures et demie magistrales.

Le héros, Soo-hyun (Byung-hun Lee), membre des services secrets aux airs de jeune premier légèrement constipé du costard, est l’heureux mari de la douce Joo-yun. Du moins jusqu’à ce qu’un serial killer ne lui perfore le crâne à coups de marteau le long d’une route de campagne. La tête, on la retrouvera dans le ruisseau, au cours d’une scène qui donne ses lettres d’or au mot « grotesque » dans un bordel monstrueux et un humour effarant de noirceur.

Pendant la cérémonie funéraire, Soo-hyun, en pleurs, se débarasse du pitch en une seule phrase devant la tombe de sa femme. Une promesse silencieuse : « Soo-hyun, je te le jure : ses souffrances à lui seront 1.000 fois… non, 10.000 fois plus intenses ».

Déjà, on se dit que vu l’état dans lequel on a retrouvé sa femme, ça promet de chier pas mal. Mais un bonheur n’arrive jamais seul : la proie de Soo-hyun, c’est Kyung-chul, psychopathe ultraviolent et vicelard au charisme dingue, joué par l’excellent Choi Min-sik (le personnage principal d’Old Boy).

Justement, le film repose pour une bonne part sur ses épaules. D’autant plus que le script se permet soudain un gros doigt envers les codes narratifs à l’occidentale, en adoptant son point de vue face à un héros de plus en plus borderline. Jusqu’à un final en apothéose où je vous jure que le mec, il finit carrément par biiiiiiiiiiiiip.

Ça fait mal, mais ça fait du bien

Impossible d’évoquer davantage l’intrigue sans gâcher ce trip irrespirable, débarrassé de la moindre trace de jugement moral, et qui prend tout son temps pour progresser vers l’inéluctable. Ici, que l’on fasse couler le sang pour l’honneur ou pour le plaisir, le résultat est le même. Puant. Brutal. Poisseux. Et en gros plan, ce qui est quand même bien chouette.

S’il fallait ne trouver qu’un défaut mineur, c’est l’impression que certaines séquences plus intimistes semblent à peine esquissées, avec un goût d’inachevé. Cela s’explique sans doute par l’existence de deux cuts différents : le montage coréen est paraît-il moins violent que celui voué à l’export, mais s’étendrait davantage sur certains passages dramatiques…

De toute façon, on aimerait que le film dure une bonne heure de plus, happé comme on l’est par la folie ambiante. Pour eux comme pour nous, l’atterrissage est brutal. On finit lessivé, scotché par un dernier plan désarmant et implacable.

Bref. Acteurs monstrueux, tension permanente, bastons et effusions de sang superbement orchestrées (la scène du taxi, putain !!!) : il y a des fois comme ça, où il est inutile de faire dans la nuance : I Saw The Devil, ça défonce. Vous faites ce que vous voulez, moi je le relance.

– Par Nicolas Gauduin

 

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4 réflexions sur “I Saw The Devil (2010) – La Revue

  1. Merci de parler de cette petite tuerie!

    J’ai passé 2h30 à faire des petits cris, des micro séances d’apnée et des rires nerveux ce qui ne m’arrive pas très souvent donc merci, MERCI, d’avoir mis des mots sur mes gouttes de sueur (ce n’est pas sale, c’est naturel).

  2. Yeahh. Je crois que c’était la première fois que je voyais un film coréen comme celui là et y a pas à dire c’est un vrai bonheur.. Je crois même que malgré le talent de monsieur Nicolas la revue est loin de décrire le pied qu’on prend en visionnant ça .. ( j’espère qu’il ne m’en voudra pas 😉

  3. En effet Kim Ji-Woon ne nous déçoit pas. Bon en même temps il nous sort une bonne vieille histoire de vengeance malsaine comme on les aime, avec le casting monstre qui va bien: Lee Byung-Hun et Min-sik Choi. Que demande le peuple.
    A noter la scène du taxi, que je trouve particulièrement magistrale.
    Bonne revue en tout cas, ça fait plaisir!

  4. Ce film, ce n’est rien que pour moi le MEILLEUR film que j’ai pu voir depuis 2011 ( allez ,a égalité avec THE LOVELY BONES de Peter Jackson). Il y a tout ce qui me plait dans ce film, la petite cerise sur le paquebot, on se sent en phase avec Soon Hyun, se disant qu’àa sa place, on ferait pareil… Tout en plaignant le pauvre sociopathe quand on voit tout ce qu’il se prend dans la mouille. Pis quel charisme cet acteur mer*e ! ^^

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