Detention (2011) – Concentré de LSD

Detention, réalisé par Joseph Kahn et disponible en DVD à partir du 8 août 2012, est un slasher/teen movie/ovni de première classe qu’il ne faut laisser passer sous aucun prétexte.

Hey, vous vous êtes déjà demandé ce que ça donnerait d’écrire un film d’horreur pour ados sous crystal meth ? Coup de bol pour votre santé mentale, Joseph Kahn a tenté l’expérience, et ça a donné Detention.

Tenter de résumer le film dans ses grandes lignes reviendrait à lui cracher sur les pompes, alors je me contenterai de placer le décor : un lycée, des ados, une loseuse, Riley (Shanley Caswell) amoureuse d’un mec cool, Clapton (Josh Hutcherson) lui-même amoureux de la bimbo blonde de service, Ione (Spencer Locke), un tueur tout droit sorti du dernier slasher à la mode et beaucoup, beaucoup, beaaaaucoup de bordel autour. Disons qu’il fallait un point de départ au film, et que ce que je viens de décrire se contente uniquement de mettre les choses en place – avant de tout exploser, encore et encore, sans jamais s’arrêter. Detention est un film unique. Je sais qu’on dit tous ça pour plein de films dès qu’on a un coup de coeur, mais là c’est même plus une question d’affinités, c’est un fait indéniable : Detention est 100% unique, 100% original, 100% taré.

Riley est donc la loseuse attitrée du lycée. Une jambe dans le plâtre, des pulsions suicidaire, un crush sur son meilleur pote, un sens de l’ironie et du sarcasme à l’épreuve des balles, des convictions basées sur du vent – bref, une vie de merde, et un QI bien trop développé pour ne pas y faire attention. Clapton, son crush/meilleur ami, ne jure que par Ione, la cheerleader blonde et volage qui ne parle qu’en références à la pop culture des 90’s – parfois difficiles à suivre pour ceux qui n’ont pas eu la chance de grandir aux États-Unis – et qui semble débarquer tout droit d’une autre planète. Ajoutez-y Billy Nolan, le sportif colérique qui cache un lourd secret, le principal Verge (oui oui) balafré et coincé du derche (interprété par Dane Cook, le comique dont tout le monde se moque sauf American Dad), Sanders, le gros geek qui veut à tout prix serrer Riley, et toute une tripotée de personnages secondaires indispensables, et vous obtenez un joyeux bordel.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire – ce qu’on aimerait nous faire croire – Detention n’est pas un slasher. C’est un teen movie déjanté, un catalogue de références obscures, un laboratoire de savant fou, une course-poursuite en accéléré, un cauchemar épileptique, un épisode de Daria passé à l’envers sous ecstasy – bref, c’est tout un tas de choses que vous ne soupçonnerez jamais. Mieux encore, c’est le genre de film qui vous fait sentir très très con lorsque vous essayez de le décrire à quelqu’un (comme quand on essaye de garder son sérieux en racontant un épisode de True Blood à quelqu’un qui n’en a jamais vu un). Vous commencerez par essayer de poser le décor, comme je l’ai fait, puis vous avancerez un peu dans l’histoire avant de vous stopper net pour ne pas spoiler vos interlocuteurs. Vous essayerez alors de prendre un détour, de contourner les points importants pour raconter les grandes lignes sans trop entrer dans les détails. Mais vous vous rendrez bien vite compte que chaque détail a son importance – et lorsqu’ils ne dévoilent pas une partie de l’intrigue, ils tombent comme un cheveu sur la soupe dans votre résumé – et vous passerez pour un fou, avant de finir sur un « Non mais… mate-le, ça ira plus vite hein ».

Ceux d’entre vous qui aiment les histoires bien ficelées auront des vertiges et perdront vite toute forme d’enthousiasme devant le film. Ceux qui accordent une importance immense à la cohérence d’un scénario s’évanouiront dès le premier quart d’heure. En revanche, les gros geeks fans d’horreur et des années 90 risquent bien de mouiller leur pantalon – et finiront par éplucher le film dans ses moindres détails jusqu’à l’aube, poussant des petits cris de joie à chaque nouvelle découverte. Il ne se passe pas une minute sans que Detention ne fasse référence à quelque chose – un film, une série, un groupe, une actrice – et si vous essayez de tout absorber du premier coup, vous risquez fort de choper une indigestion carabinée. Le mieux, comme pour toute première fois, c’est d’y aller en douceur. De se laisser bercer par l’ambiance si particulière de ce film-ovni, sans se soucier de la température de l’eau. Vous aurez tout le temps de l’étudier plus tard – il y a même un magnifique making-of/commentaire du film par toute la team pour vous aider à y voir plus clair.

Comme La Cabane dans les Bois, Detention joue avec les codes du genre (des genres ?) à sa façon, sans jamais marcher sur ses plates-bandes – faisant des deux films un magnifique duo à savourer à la suite en poussant des hurlements obscènes pendant des heures et en s’étouffant de bonheur sur son popcorn. Vous commencez à le sentir, l’effet que ce film a eu sur moi ? Bien. Avec un peu de chance, vous vivrez la même chose d’ici peu, et on pourra tous se rouler par terre en convulsant très fort, ça créera des liens. Petite info : j’écris ceci quelques minutes après avoir regardé le générique de fin défiler tout en essayant de raccrocher ma mâchoire qui traînait sur le sol. Je pense qu’il n’y a que trois modes possibles à la sortie d’un tel film :

  1. La haine profonde, l’incompréhension totale et le dégoût.
  2. La joie, l’hystérie, l’euphorie plus ou moins modérée.
  3. Le brouillard absolu et l’impossibilité de formuler une opinion digne de ce nom.

Je vous laisse deviner dans quel mode je suis restée bloquée (indice : moi non plus, je suis pas bien sûre). Pour faire plus concret, et pour donner l’impression que je sais prendre un peu de recul quoi qu’il arrive : Detention n’est pas parfait. Il est simplement difficile pour moi de juger objectivement un ovni pareil. Il y a des longueurs, des incohérences, du capillotractage à la pelle, de l’abus de tout, des retournements de situation injustifiés et tout un tas d’autres trucs qu’on qualifierait en temps normal de « défauts ». Mais dans le cas de Detention, difficile d’utiliser les mêmes étiquettes que pour tous les autres films, puisqu’il joue sur son propre terrain, dans sa propre catégorie, sans aucune considération pour les autres. Pour répondre à la question simple « est-ce que tu as aimé Detention ? », je ne vous offrirai pas mieux que : gnnnnnn… jeeee… saispasputainjesaispasmaiswaaaaaaaputainjesaispasmaiswaaaaaahputain.

Je persiste et signe quand même : c’est un film drôle, bizarre, tordu, couillu, bordélique, brouillon, prétentieux, hipster, élitiste, contestable, consternant, fouillis, et tant d’autres choses encore – mais c’est avec tout mon amour que j’utilise ces termes pour le désigner. Mais un film qui ose mélanger Torque (le premier film de Joseph Kahn), Scream, The Breakfast Club et les Hanson ne peut pas être foncièrement mauvais.

PS : dommage que Josh Hutcherson fasse 1m08, j’en aurais bien fait mon petit dej.

Detention sera disponible en DVD à partir du 8 août 2012. Et si vous voulez faire tourner la tête de tout le monde pour votre prochaine soirée DVD d’Halloween, prévoyez Detention + La Cabane dans les Bois + Trick ‘r Treat. À la fin, soit on vous détestera, soit on sera trop dans le brouillard pour dire quoi que ce soit, soit on vous déclarera Reine/Roi/Maître-sse absolu-e des soirées DVD.

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18 réflexions sur “Detention (2011) – Concentré de LSD

  1. DEPUIS LE TEMPS QUE JE VEUX VOIR CE FILM OMGOMGOMGOMGOMGOMGOMG MA CULOTTE VIENT DE VOLER EN TRAVERS DE LA PI7CE je ne peux plus attendre pour le 8 aout voilà c’est dit.

  2. C’est donc mon film de demain post-True Blood, histoire d’avoir encore plus la tête à l’envers.

    « comme quand on essaye de garder son sérieux en racontant un épisode de True Blood à quelqu’un qui n’en a jamais vu un » : c’est tellement, TELLEMENT vrai.

  3. Je viens de le voir ( l’article m’avait donné envie ) et what the fuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuck, ce film est GE-NIAL putain, mais dafuq serieux, aaaaaah j’en reviens toujours pas, ça m’a bien mise de bonne humeur en tout cas !

  4. Je l’ai vu y a quelques temps déjà et je n’étais pas aussi enthousiaste que toi. Je l’ai trouvé intéressant sur la forme, beaucoup trop de choses à regarder/écouter en même temps, à la Scott Pilgrim, on aime ou on aime pas. Je doute que ça plaise au plus grand nombre, vu le nombre de cas qui ont déjà la flemme de lire des sous-titres. Mais justement en le comparant à Scott Pilgrim, il y manque un fond bordel. L’histoire est sans intérêt, voir inexistante. Y a des trucs qui font que ça tient plus ou moins debout mais on s’en fout. Pour un film, c’est un peu balot non ? Autant voir une emission dans ce genre, sur MTV ou whatever. Je reste mitiger, peut être qu’un deuxième visionnage vaut le coup.

    En tout cas, je plussoie La Cabane et Trick’r Treat ! Sont énooooooormes !! 😉

  5. Bon matté cette nuit donc, bien barré, mais un certain manque de capital sympatie, j’ai parfois trouvé ca un peu chiant a suivre, il manque la maestria de realisation d’un pilgrim par exemple.
    Bcp trop superficiel pour devenir culte, mais un bon petit moment cela dis.
    15/20

  6. Merci du conseil ! J’ai adoré ! On dirait du Gregg Araki (cela m’a fait penser à Kaboom).

    Par contre, ce n’est pas vraiment un film d’horreur : c’est plus une ode aux années 90 (dont font partie les teen slashers movies).

  7. Je suis pas trop  » film d’horreur à tendance dérisoire  » mais j’ai beaucoup ri en regardant ce film. Je m’attendais à quelque chose de plus sombre en lisant le synopsis mais je suis pas déçu de la façon dont ça a été fait. Un gros bordel mais un gros bordel déjanté.

  8. Je l’ai vu, et je peux vous dire qu’il ma scotché du début à la fin. Il est unique en son genre (surtout le début du film).
    A voir absolument ;).

  9. Autant j’étais enthousiaste au début de ma lecture de ce billet, autant le fait d’avoir mentionné « La cabane au fond des bois » m’a coupé net dans mon élan. Je n’ai vraiment pas apprécié ce film et je n’ai même pas trouvé que le fait de montrer les grosses ficelles du film d’horreur était un plus.

    Du coup je me tâte un peu mais bon au pire j’ai rien à perdre.

  10. Voilà un papier qui donne envie de se jeter sur ce film 🙂 . Je sais donc ce que je fais ce soir (quoi ? comment ? on est samedi soir et j’ai une vie de merde ?). Et c’est pas seulement pour Josh Hutcherson, promis, juré.

  11. Je les vu hier j’ai kiffé bon j’avoue il et pas parfait mais je c’est pas pourquoi je les regardé 3 fois en 2 jours Méme si je vois pas l’intéret d’une suite je voudrais bien qu’il sorte le 2 juste pour voir :p

    Sur Ce Ciao et Bonne Nuit 😉

  12. Le film a l’air d’etre un navet plutot sympa, seul problème: la traduction en français du prénom ione. JE SOUFFRE à toutes les rentrées et les rencontres, les gens écorchent mon prénom, et ce film en rajoute une couche haha! ça se prononce Aïonie (comme l’alphabet anglais, quand on y pense c’est tout con!) et non iaune.. c’est triste 🙂

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