Proie – (L’Etrange Festival)

« Proie »

Réalisé par Antoine Blossier

Première séance du festival pour moi, armée de mes jolis pass presse qui me font roucouler de joie, avec un film français totalement inédit. Apparemment nous étions les premiers au monde à voir ce film, et même une certaine partie de l’équipe le découvrait pour la première fois. Une exclu 100% française donc, avec la présence du réalisateur, de son co-scénariste et de certains acteurs – ça fait toujours plaisir. Je m’étais très peu renseignée sur le film avant de m’installer dans la salle, dans le but de garder un maximum de surprise et de savourer pleinement cette découverte. Avec la montée des français dans le cinéma de genre ces dernières années, j’avais quand même bon espoir d’en prendre plein la tronche, mais finalement… non.

Je salue quand même la performance, comme l’équipe nous l’a rappelé avant la projection, il n’est pas évident de monter un film de genre en ce beau pays, et chaque film qui parvient à arriver sur nos écran (petits ou grands) mérite déjà qu’on y prête attention. Mais cela ne veut pas dire que chaque tentative est à la hauteur de nos attentes. Et c’est toujours un peu douloureux de descendre un film qui fait pourtant la fierté de ses créateurs, qui se sont saignés pour donner vie à leur projet et qui viennent gentiment nous le présenter comme ça s’est fait ce soir. Sauf que je ne peux pas me voiler la face par compassion et gentillesse : je n’ai pas du tout, du tout aimé.

Ce que je savais du film, c’était ce petit texte de présentation publié sur le site de l’Etrange Festival : « Une nuit, des cerfs se jettent inexplicablement sur la clôture électrique d’une exploitation agricole. Apercevant des traces de morsures sur les cadavres des bêtes, les propriétaires de l’exploitation comprennent qu’un prédateur sévit dans les bois… ». Et puis vient le paragraphe suivant, qui nous explique qu’Antoine Blossier a été marqué par le remake de 2004 de Massacre à la Tronçonneuse (celui de Marcus Nispel avec Jessica Biel) et qu’il a tenté avec Proie de reproduire une ambiance seventies avec ce qu’il décrit comme un « mélange de survival rural et de tragédie familiale, entre Tobe Hooper et Claude Chabrol« . Et lors de la présentation du film, il nous a été annoncé que le film était un hommage à Stephen King. Nispel, Hooper, Chabrol, King… une belle brochette de noms pour un film qui atterrit finalement très loin de leur sillage.

C’est pour ça aussi que j’étais un peu dans le flou en entrant dans la salle, cette toute petite description avait suffit à faire naître une quinzaine de théories dans ma tête, et le film les a très vite envoyées balader. Loin. Une fois la première grosse demi-heure passée, et une fois l’action à peu près mise en place, j’ai là encore commencé à m’attendre à des choses qui étaient à trois mille kilomètres de ce qui se déroulait vraiment. Je ne suis pas une spécialiste de Stephen King et je n’ai pas vécu dans les années 70 mais ce que j’ai vu ce soir m’a paru très loin des références citées. Pour ce qui est du point de vue strictement esthétique, certains plans – de jour – étaient plutôt réussis mais les plans de nuit étaient trop approximatifs pour être pleinement satisfaisants.

Attention spoilersce qui était finalement vendu comme un film à prédateur s’est finalement déroulé comme un drame familial à la française (= assez tordu et plutôt chiant) sur fond de sangliers enragés. Enfin, il me semble qu’il y avait des sangliers enragés, parce qu’à part apercevoir leurs museaux dans un sursaut et leurs cadavres en putréfaction, on n’a finalement pas vu grand chose… Si au moins on avait eu quelques morts, quelques mutilations, un ou deux membres arrachés, j’aurais pu trouvé de quoi me consoler mais au niveau des morts c’était vite expédié. Le grand-père disparaît, emporté par un buisson de fougères (= un sanglier caché qui grogne très fort), le grand frère se brise la nuque en tombant d’un arbre, l’autre frère se prend des balles dans le bide et dans la tête… bref les sangliers sont finalement un prétexte pour que cette petite famille s’entretue en se traitant de petite merde et d’enculé.

Le scénario comporte son lot de trous, comme pour la scène de fin (spoilers à nouveau hein) lorsque Claire découvre le cadavre de son père et comprend ce qui lui est arrivé alors que deux minutes plus tôt une horde de sangliers affamés se jetaient sur sa voiture. Le cadavre est joliment étendu par terre, avec un joli trou tout propre dans la tête, et pas un orteil grignoté, pas une trace de dents à l’horizon – à croire que les sangliers ne sont pas charognards. Fin des spoilers. Ça manquait cruellement d’horreur, pour résumer. Deux sursauts et une scène un peu sanglante (sans être ni violente, ni terrifiante, ni même dérangeante), ça fait maigre pour un film qui avait pourtant du potentiel au démarrage. Le plus frustrant je crois, c’est cette histoire de plans de nuit. Il y avait énormément de potentiel là aussi pour des plans magnifiques, mais c’était trop sombre et trop épileptique pour qu’on puisse vraiment apprécier l’image.

Je me souviendrai surtout des rencontres faites avant et après le film:  big up au jeune chauve et velu des épaules qui m’a fait un discours de 20 minutes sur mon côté « rebelle, sauvage et animal, ma dualité et mon tempérament masculin dans un corps de femme », c’était flippant mais sympa, si tu me lis s’il te plait, ne reviens plus jamais me parler. En revanche j’ai pu rencontrer Rurik Sallé (de Mad Movies) et ça a fait plaisir à la groupie de 16 ans qui sommeille encore en moi, et je vais essayer de me retenir de le traquer toute la semaine parce que je souhaite garder une réputation pas trop incriminante.

Mais je retourne au Forum des Images demain pour Le Guerrier Silencieux (que je suis la seule à ne pas avoir vu on dirait) et Survival of the Dead, peut-être que j’aurais de meilleures surprises cette fois…

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10 réflexions sur “Proie – (L’Etrange Festival)

  1. Pingback: Proie – (L'Etrange Festival) | Le Blog Horreur | Celebs in the City !

  2. Le monde entier pourrait être de ton avis, ça ne changerait pas le mien. Pour ce qui est de raconter « la fin » comme tu dis, j’ai pris le risque oui, tout en prévenant quand même. Mea culpa, je fais des erreurs et des fautes, malgré mon éminent statut et ma réputation infaillible.
    Je ne vais pas mentir pour suivre la tendance.

  3. Il ne s’agit pas de tendance mais de respect! Que tu n’aimes pas le film, c’est une chose qui te revient et il n’y a bien évidemment rien à en dire! Maintenant, que tu choisissent sciemment de détruire aussi bien le travail de certains que le potentiel futur plaisir qu’auront à découvrir les spectateurs, c’est strictement lamentable! Effectivement, tu as encore beaucoup à apprendre (et, crois moi, je sais de quoi je parle), à commencer par le respect des gens qui te lisent et que tu critiques!

  4. Hmmm… Cinemaniac, le principe d’une critique, c’est quand même de donner son avis, et si on a pas aimé un film, bah on a le droit de le dire (surtout si c’est le but du blog : donner un avis critique). Après libre à toi de voir le film, de l’adorer, et de ne pas être d’accord avec cette critique.

    J’suis pas forcément d’accord avec 100% des critiques que j’ai lues ici, mais j’aime beaucoup ce blog, ça m’a donné envie de voir certains films, ça m’en a fait connaitre d’autres, et j’pense que j’en regarderai certains que Mandy a pas forcément adoré, histoire de me faire une idée toute seule.

    C’est le but non?

  5. Hello Lowdor,
    Bien évidemment, Mandy a entièrement le droit de ne pas avoir aimé ce film (que je n’ai pas vu) et de le dire, ce n’est pas sur ce point que portait mon com. Ce que je n’apprécie pas, en dehors d’une jubilation juvénile à détruire quelque chose, ce sont les spoilers. Rien ne dit que je serais allé le voir, mais maintenant, c’est sur qu’en connaissant la fin (qu’elle soit bien ou non), je risquerais de ne pas y aller si les autres critiques ne m’avait convaincu du contraire. Je trouve justement que le fait de tout dévoiler fait perdre l’intérêt que l’on pourrait avoir à y aller. Mandy me dit qu’elle prévient, mais si elle est aussi douée qu’elle le dit, elle doit savoir qu’un « attention spoiler » suscite plus de curiosité qu’autre chose. Je le trouve d’autant moins justifier qu’elle ne fait que paraphraser ce que semble être cette fin, sans argumenter autour. Une fois encore, l’avis de la miss vaut ce qu’il vaut et il n’y a rien à dire, mais un bon critique doit savoir faire la différence entre « je n’aime pas et voilà mes arguments » et « c’est mauvais, détruisons », adage qu’elle semble avoir oublié. Enfin, je suis peut être un peu old school! 🙂

  6. Non mais attends, c’est pas mon problème si les gens ne contrôlent pas leur curiosité ! Oui j’ai pris un risque et peut-être même fait une énorme erreur en décidant de dévoiler, (encore une fois entre guillemets) «  » » »la fin » » » », mais de là à m’accuser de vouloir détruire le film, faudrait voir à pas trop abuser. Il n’y a aucune « jubilation juvénile » dans cette critique, et si c’est ce que tu y vois je n’y suis pour rien, je n’ai pris aucun plaisir à donner un avis négatif. Je l’ai d’ailleurs précisé, j’étais partie plutôt optimiste et j’avais envie d’aimer le film, l’équipe était très sympathique et je ne leur cracherai jamais à la gueule pour autant.

    Et je ne suis pas une grande professionnelle, je parle à la première personne et je dis que JE n’ai pas aimé, pas que le film était une daube et point barre. Ca ne m’a pas plus à MOI et j’explique pourquoi. Si demain je rencontre quelqu’un qui a adoré, je serais plus que ravie d’entendre ses arguments et de voir ce qui m’a peut-être échappé, histoire de comparer. Je comprends qu’on puisse ne pas aimer le ton que j’emploie, néanmoins je n’apprécie pas qu’on m’accuse de jubiler en détruisant un film, je ne prends jamais plaisir à rédiger une critique négative. Quant au « si elle est aussi douée qu’elle ne le dit » je n’ai jamais sérieusement prétendu être douée pour quoique ce soit. Jamais.

    Et surtout pas d’être « un bon critique ».

  7. Désolé Mandy, je ne tenais pas à te vexer. Je n’ai fait qu’émettre moi aussi mon opinion. Tu viens d’éclairer ma lanterne sur tes intentions que je n’avais pas compris.

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